« L’accordéon musette » sur la route des vins

Mario Bruneau

Cet article a paru dans le journal LE TOUR (Sutton-Dunham-Frelighsburg) Hiver 2004

L’expression « accordéon musette » inspire la poésie, évoque les sentiments de liberté et de légèreté de la belle époque, suggère des images de mauvais garçons, de gavroches. Elle nous rappelle aussi la vie quotidienne des ouvriers des faubourgs parisiens qui allaient s’évader au bal musette ou encore, la bohème des peintres de la Butte Montmartre.

Si vous lisez ces lignes, c’est sûrement à cause de son titre qui vous a intrigué. Il a attiré votre attention parce que l’accordéon vous intéresse et vous n’êtes pas seul. En effet, l’accordéon connaît une remontée dans la faveur populaire et tout spécialement « l’accordéon musette » Cet article vous retracera son histoire et tentera d’expliquer l’origine de son nom. Nous verrons aussi comment il est lié au vin par les « guinguettes » des bords de Marnes.[1]

La Java est sans doute une des danses les plus sexy de la planète.Le « musette » nous l’avons vu plus haut, est une expression fortement associée à l’esprit parisien. Il résulte de la rencontre de deux communautés venue s’installer à Paris à la fin du 19e siècle. Il y avait d’un côté les Auvergnats avec leur « cabrette » qui arrivaient par la gare d’Austerlitz et de l’autre, les Italiens avec leur accordéon qui arrivaient par la gare de Lyon. En fait d’expression contradictoire, on ne peut faire mieux avec « accordéon musette » Le « musette » en tant que style de musique tire son nom d’un instrument de musique utilisé en France pour les bals au XIIIe siècle c’est-à-dire bien avant l’invention de l’accordéon en 1829 par Cyril Demian, un Autrichien de Vienne. C’était une sorte de cornemuse améliorée dont le sac (réservoir d’air) était remplit par un soufflet que le musicien actionnait avec son coude pendant qu’il tenait de ses deux mains le « chalumeau » sorte de flûte à anche double tenue à la verticale. En Auvergne, ce sac d’air était fabriqué d’une peau de chèvre (le cabri) d’où le nom de « cabrette » donné à l’instrument. La cabrette au son très puissant s’imposa comme instrument tout désigné pour les bals. Au milieu du 19e siècle, les Auvergnats organisaient des bals et on disait « aller au bal musette »

Pendant le 19e siècle, les Auvergnats commencent à venir s’installer à Paris pour y pratiquer leur métier de charbonnier. Ils y apportèrent leur cabrette et habitués de faire des affaires dans des cafés, plusieurs cafés auvergnats sont ouverts dans le 11e arrondissement notamment sur la rue De Lappe. On les appelle cafés-charbons puisqu’en plus du café on y vendait du vin, du bois et du charbon. Ces cafés deviendront vite des bals animés au son de la musette (cabrette) À la fin du 19e siècle, ils ne pouvaient supporter de se faire remplacer par les Italiens qui arrivaient dans Paris avec leur « vulgaire » accordéon. De nombreuses bagarres avaient l’habitude d’éclater pendant ces affrontements et c’est finalement un mariage entre la fille de Bouscatel, un cabrettaire célèbre et Péguri, un accordéoniste italien qui finira par faire accepter le mariage de l’accordéon à la musette. C’est au début du XXe siècle que l’accordéon musette s’enrichit du jazz avec l’influence des guitaristes « manouches » comme les trois frères Sarrane, Matelo et Baro Ferret sans oublier ce quatrième frère qu’était pour eux Django Reinhardt.[2]

Aussi, après la construction du mur d’enceinte des Fermiers Généraux en 1785, la périphérie de Paris fut séparée du centre et des postes d’octroi accueillaient les commerçants pour leur faire payer une taxe leur donnant droit de commerce à l’intérieur de Paris. Plusieurs cafés et débits de boissons sont alors improvisés à l’extérieur des murs et deviennent le repère de toute une faune de petits contrebandiers et trafiquants. On y buvait le petit vin des vignes proches « le guinguet » qui coûtait moins cher puisqu’il n’était pas imposé. C’est la naissance des « guinguettes » Plus tard, on y viendra pour passer une journée à la campagne et fuir la pollution des grandes villes. On y mange la friture de poisson, la matelote d’anguilles et les moules-frites accompagnés du vin de pays et on danse au son de l’accordéon musette.

Parmi les « créateurs » du genre musette, on retrouve les Péguri, Vacher, Privat, Viseur, Muréna, Peyronnin, Colombo et Prud’homme qui a composé « J’aime les nuits de Montréal » etc. Aujourd’hui, il y a encore des stylistes qui perpétuent le vrai musette, avec toute la poésie et le charme qui lui est propre sans le faire sonner « quétaine » ou « ringard » Quelques noms s’imposent comme Richard Galliano, mon ami Daniel Colin, Daniel Mille, etc. Ils ont tous faits parti du collectif réunit sous l’initiative du regretté Patrick Tandin sous le label « La Lichère » Ils ont eu le temps de produire trois CD sous le titre de « Paris Musette » Ces trois CD sont devenu des incontournables pour tous les amants du musette. Après la mort de Patrick Tandin, grâce à l’éditeur Frémeaux et associés qui a reprit le flambeau, ces disques sont encore disponibles.[3]

Avec le tango de Buenos Aires, la bossa-nova de Bahia, le musette de Paris est un des rares folklores urbains à avoir traversé l’épreuve du temps. Le musette est un patrimoine mondial qu’il me parait important de préserver. Je m’y emploie sur le BATEAU-MOUCHE au vieux port de Montréal où avec ma compagne, la chanteuse Hélène Cardinal nous offrons un p’tit air de Paris sur le fleuve St-Laurent.

Mario Bruneau

[1] Pierre Monichon dans « L’Accordéon » 1985 éditions Payot, Lausanne

[2] Franck Bergerot dans le livret accompagnant le 1er CD de « Paris musette » CD LLL 137

[3] FRÉMEAUX et ASSOCIÉS éditeur 20, rue Robert Giraudineau, 94300 Vincennes, France

www.fremeaux.com

© photo Tour Eiffel James Terry

 

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